Fanny, comment et pourquoi as-tu commencé à faire de l’improvisation ?

J’ai commencé un peu par hasard quand j’étais étudiante à Rennes après avoir vu un match et organisé un atelier dans mon école. J’ai passé une audition pour rentrer dans une équipe étudiante et puis j’ai eu la chance de faire très vite une tournée avec une équipe venue du Québec. Leur niveau de jeu était incroyable et ils prenaient un tel plaisir à jouer ensemble, comme des enfants, pour le simple plaisir de jouer, que ça a fini de me convaincre. J’ai ensuite très vite vu l’impact que l’entraînement et le travail sur les grands piliers de l’impro que sont l’écoute, la confiance, l’audace et le lâcher prise, m’apportaient dans la vie de tous les jours, lors de prises de parole orales notamment et surtout dans le cadre professionnel.

Est-ce que tu te souviens de ton premier cours d’impro ?

Je crois que je me rappelle même encore quels personnages j’ai joué ce jour-là ! J’ai été moi-même très impressionnée de voir comment la construction collective d’une histoire et d’une relation entre personnages peut nous emmener loin et nous amener à être très créatifs.

Qu’est-ce que tu as ressenti la première fois que tu es montée sur scène devant un public ?

Une immense joie, en même temps qu’un énorme trac. C’est un sentiment bizarre quand on y pense parce que l’impro c’est vertigineux : on se lance sans filet, sans savoir ce qu’on va faire à l’avance et bien souvent avec des gens sur scène que l’on rencontre pour la première fois. Or, la clef c’est seulement d’avoir envie d’en profiter, de s’amuser, d’être généreux et bienveillant envers ses partenaires et en même temps de savoir s’amuser à leur glisser quelques petites peaux de bananes sur le chemin pour ajouter encore un peu plus de fun à l’histoire et jouer de la connivence que le format participatif de l’impro nous offre d’emblée avec le public.

Le meilleur / pire souvenir sur scène ?

Quand j’ai repris l’impro il y a 6 ans après une longue pause pendant plusieurs années d’expatriation, j’étais un peu stressée et j’ai demandé au capitaine de mon équipe sur le match sur lequel je jouais ce soir là, d’être à mes côtés et de redoubler de bienveillance pour que je reprenne confiance. Au lieu de cela, la première fois que je suis rentrée sur scène à ses côtés il a tranché la gorge de mon personnage avant même que j’ai pu ouvrir la bouche. J’ai essayé de rentrer par la suite et il a trouvé à chaque fois une nouvelle façon plus inventive de me tuer. C’était un bizutage en bonne et due forme et à la fois c’est un aussi bon que mauvais souvenir pour moi car il m’a vraiment obligée à lutter. Ça m’a donné encore plus envie de me battre et de m’imposer et de prendre ma place. J’ai donc tenu bon et j’ai fini par revenir sous la forme d’un zombie 😜

As-tu une anecdote marrante à nous raconter ?

J’ai tendance à être assez impliquée corporellement en impro alors il arrive que je me donne tellement à fond que je me fasse mal. Une fois, mon personnage mourrait d’une crise cardiaque et j’ai fait une chute spectaculaire la tête la première sur scène. Sauf que j’avais oublié que je n’étais pas cascadeuse et que je ne savais pas faire ça sans risque. J’ai passé une semaine avec un énorme cocard ensuite !

As-tu des petites habitudes avant de monter sur scène ?

En général j’aime bien me mettre en énergie et sur une dynamique positive. Alors avec les membres de mes diverses troupes nous nous amusons à nous échauffer avec des exercices plus débiles les uns que les autres mais qui nous mettent bien dans l’ambiance de jeu. J’adore par exemple le « jeu des 5 choses » où l’on met au défi quelqu’un de citer 5 choses (qu’on peut mettre sur la tête par exemple) et que toute l’équipe fait le décompte en criant et en l’encourageant dès que le joueur en question cite une idée. Ça démontre bien que dès qu’on sent qu’on peut compter les uns sur les autres et que l’équipe en entier nous soutient, on ne peut pas se « retrouver en carafe » (ne pas avoir d’idée) et j’adore aussi l’exercice de la chanson en yaourt ou on chante une mélodie sans en dire les vraies paroles (en grommelot) jusqu’à ce que tout le monde ait deviné de laquelle il s’agit et que tous l’aient reprise en chœur. Ça n’a l’air de rien mais après ce genre d’exercice on a la patate et on est prêt à en découdre tout en étant tout à fait dans le bon état d’esprit : l’envie de s’amuser ensemble et de co-construire des histoires.

Quel est l’esprit que tu essaies d’insuffler dans tes cours ?

Avant toute chose, la dimension de plaisir est indispensable dans l’impro. Aussi j’essaie de faire en sorte que mes cours aient un aspect très ludique qui invite au lâcher prise et à laisser derrière soi les soucis du quotidien pour renouer avec cette part d’enfance en nous qui ne demande qu’à s’exprimer, sans honte ni peur du ridicule. Le temps du cours est un espace de partage, de rencontre et de bienveillance. Nous y ferons de nombreux exercices et mises en situation pour explorer ces notions indispensables à l’improvisateur pour créer une histoire et des personnages et testeront divers formats et catégories de spectacle. J’ai proposé cette année plusieurs intervenants complémentaires qui viendront faire des apports spécifiques sur le clown, le conte improvisé, l’impro avec accompagnement musical (ambiances pour certaines catégories imposées par un musicien, impro sans parole et en musique, impro chantée et construction de personnages grâce aux masques et à la commedia del arte) en plus de rencontres type cabaret et match avec d’autres équipes et troupes de niveau intermédiaire/confirmé pour se challenger tout au long de l’année et découvrir le plaisir des scènes d’impro devant un public.

Portrait presque chinois :

Si tu étais un personnage de fiction? 

Je crois que je m’en créerais un dans la série Netflix GLOW (the Gorgeous Ladies Of Wrestling) qui traite d’une équipe de catch féminin dans les années 80 à Los Angeles. Je serais « French Frie » 😆 sinon je serais Dark Vador ou Morticia Adams

Si tu étais une réplique de cinéma ou de théâtre ?

« La vie c’est comme une boîte de chocolats, on sait jamais sur lequel on va tomber » Tom Hanks / Forest Gump

Si tu étais un super pouvoir ?

La télé transportation. J’adore voyager, ça me semble parfaitement indiqué pour réduire son empreinte carbone.

Si tu étais un gros mot ?

« Pinche pendejo », j’ai habité au Mexique pendant presque dix ans ça m’est resté, j’adore m’énerver et dire des gros mots en espagnol et particulièrement en argot mexicain!

Si tu étais un plaisir improvisé ?

Si c’est une catégorie d’impro je dirais le soap opéra ou l’Héroic Fantasy. J’adore jouer des formats longs et je suis une fan de films et série de genre. Si c’est un plaisir que je m’autorise de temps en temps je dirais d’aller au cinéma en pleine semaine dans la journée dans une salle vide et des huîtres dès que possible!!!

Si tu devais choisir trois personnalités avec qui jouer sur scène ?

En impro, je dirais Tina Fey, Amy Poelher et Kristen Wig, trois improvisatrices et humoristes américaines qui ont fait les heures de gloire du Saturday Night Live et qui ont aujourd’hui de belles carrières au cinéma et à la télévision.

  • Merci à Fanny d’avoir répondu au super questionnaire de Pauline !
  • Pour en savoir plus sur les cours d’improvisation cliquez ici !